Interview de Benoît Laval, retour sur ses expériences de courses

Interview de Benoît Laval, retour sur ses expériences de courses

 Benoît Laval, trailer passionné au palmarès impressionnant :

  • Plus de 200 Trails dans 32 pays et 65 victoires
  • Sélection en équipe de France de Trail en 2010
  • 2ème, 4ème et 5ème au Grand Raid de la Réunion
  • 5 Marathons des Sables
  • 5ème à l’Ultratrail Gobi Race (400 km non-stop)
  • 2 tours à la Barkley
  • Champion du monde des Raids d’Orientation IOF, champion de France de raquettes à neige, vice-champion de France de Trail, vice-champion de France de Raids d’Orientation
  • Vainqueur du Marathon de la Grande Muraille de Chine, de la Barkley Fall Classic, de l’Annapurna Mandala Trail, de 3 manches du Championnat de France de Trail, etc…

Benoît est aussi un entrepreneur accompli : 

fondateur de la marque de trail Raidlight et aujourd’hui de l’agence de voyage NED - Trail To Be Alive, qui propose des courses à étapes à l’étranger. Des entreprises liées à sa passion et pour lesquelles il s’investit et s’épanouit depuis Saint-Pierre-de-Chartreuse.

Bonjour Benoît, votre vie semble avoir été construite autour de la course-à-pied, autant personnellement comme le montre votre palmarès, que professionnellement avec l’entreprise Raidlight que vous avez créée en 1999 et NED Trail to be Alive que vous avez repris en 2020. Comment est née cette passion pour le trail-running ?

J’ai commencé par l’athlétisme à l’âge de 10 ans, mon père faisait de la course à pied et du marathon, et j’ai été au club les mercredis après-midi, puis les mercredis et les samedis, puis quatre fois par semaine, la passion était née et nous étions un groupe de copains. J’aimais déjà quand c’était plus compliqué et plus long, par exemple les cross et le 3.000 mètres steeple. En parallèle j’ai toujours été passionné de montagne, j’ai fait des stages sportifs de course à pied en montagne dès le début des années 90, et en vacances d’été quand j’étais étudiant j’avais traversé les Pyrénées en courant en 1994, plus de 600 kilomètres en tout, avec un sac à dos, une tente, un sac de couchage, et juste le minimum, tout seul comme ça, à l’époque, c’était un peu plus sauvage, pas de GPS, pas de smartphone, pas d’Internet… Puis j’ai commencé vraiment le Trail en 1998 par le Défi de l’Oisans, une course par étape de 200 kilomètres, et l’année suivante, j’étais au Grand Raid de la Réunion pour y finir 5ème.

Vous avez une expérience sur des formats de courses très variés, quel est celui qui vous fait le plus vibrer et pourquoi ?

J’ai toujours aimé découvrir de nouvelles choses, de nouveaux horizons, de nouvelles sensations. J’ai fait mon 1er marathon à 19 ans avec un entraînement de 1.500 mètres, je suis allé courir des courses d’escaliers comme l’Empire State Building en faisant en même temps de l’ultratrail, j’ai essayé le 100 kilomètres sur route, des courses par étapes, des courses dans le désert, en raquette à neige, en course d’orientation…

Je crois que depuis le début, j’aime quand c’est en mode « liberté », avec une grande part de découverte et d’incertitude. On me parle souvent de mes expériences à la mystérieuse Barkley, une course extrême de simplicité et si dure à la fois. Mon souvenir le plus ancré est l’Ultra Trail Gobi Race, 400 kilomètres non-stop dans le désert de Gobi en Chine, quatre jours et demi à avancer vers l’horizon droit dans la nature avec le minimum nécessaire dans son sac à dos.  

À la suite de ces nombreuses expériences, qu’avez-vous retiré de cette pratique intensive du trail longue distance et très longue distance ?

De toutes ces expériences, j’en ai fait mes métiers, qui au-delà de jobs sont avant tout mes désirs d’occuper mes neurones à faire quelque chose qui m’intéresse.

Tout d’abord celui de participer à la conception des produits chez Raidlight, où je ressens instantanément si un sac à dos, un maillot, ou un accessoire vont convenir pour courir. Je ressens cela à travers toute cette expérience dans toutes ces diverses conditions.

Ensuite, j’organise les trails par étape de NED – Trail to be Alive avec cette expérience accumulée de plus de trente courses à étapes dans ma vie de coureur, de tous mes voyages accumulés, et de mes capacités de lire une carte et des paysages. L’organisation de ces voyages me permet de voyager avec un puzzle à construire lors des reconnaissances, de trouver des itinéraires intéressants, et l’organisation lorsque les coureurs sont là de partager toute cette passion.

Comme vous êtes un expert dans cette pratique du trail longue distance, nous allons en profiter ! Quels conseils donneriez-vous à une personne qui se lance dans cette discipline ?

Il faut suivre son instinct, ses désirs et ses rêves. Si on a envie de faire de l’ultratrail longue distance, ce n’est pas plus dur que de faire un trail classique ou un marathon. Il n’est pas utile d’attendre 5 ou 10 ans. Si on a déjà une bonne condition physique, mon conseil, c’est de se lancer, de s’inscrire, et de réfléchir après !

Tout cela est de toute façon à la fois surhumain, et à la fois possible physiquement et mentalement avec une préparation minimum adéquate de quelques mois.

Vous avez une carrière professionnelle en parallèle de votre carrière sportive, comment avez-vous réussi à mener les deux de front ?

J’inverserais la question. J’ai toujours passé plus de temps à travailler qu’à courir, de façon assez classique. J’ai fait des études d’ingénieur prenantes, mais je n’ai pour autant jamais arrêté de faire du sport. J’ai toujours eu un travail très prenant, mais je n’ai pour autant jamais arrêté de courir.

C’est un choix d’organisation de son temps, chacun peut trouver le temps de pratiquer une passion quelle qu’elle soit. En semaine, je prends en général 3 fois une heure à une heure et demie pour faire du sport, et le week-end, c’est plus facile de faire plus.

En organisation, j’ai toujours fait le choix d’habiter à côté de mon lieu de travail, et à côté d’un endroit sympa pour aller courir en nature, comme à Saint-Pierre-de-Chartreuse depuis une douzaine d’années. Cela me permet de ne pas perdre de temps dans les transports, du temps que je peux mettre dans le sport.

Et en termes d’entraînement sportif, j’ai toujours privilégié la qualité à la quantité. C’est-à-dire des entraînements plus courts en temps et en distance, mais plus intenses en rythme et en variabilité. Cela prend moins de temps dans l’emploi du temps, tout en stimulant l’organisme à toutes les intensités nécessaires en compétition, avec une fatigue générale moins importante.  

Après plusieurs années de pratique intensive, il est parfois difficile de garder une relation seine et épanouissante avec son sport, quelles sont vos astuces pour éviter de tomber dans l’ennui ou au contraire de tomber dans l’obsession ?

Il faut, à mon sens, varier les plaisirs et toujours avoir de nouveaux rêves et désirs.

En parallèle de la course-à-pied, il est souvent conseillé de faire du renforcement musculaire ou de pratiquer un autre sport complémentaire. Quels sont vos habitudes d’entraînements ?

On aime bien compliquer les choses. Mais la course à pied a cette facilité de pouvoir se pratiquer n’importe où n’importe quand avec peu de matériel. Pour cette raison et au vu de mon emploi du temps, j’ai principalement toujours couru. 

Pour terminer cet échange et parce que nous sommes curieux, nous aimerions savoir quelles sont vos prochains objectifs et quel dossard vous fait secrètement rêver ?

Depuis la reprise de NED Trail to be Alive en 2020, je passe beaucoup de temps à organiser des courses, et je cours beaucoup en reconnaissance de ces nouvelles destinations. C’est sans dossard pour moi, mais avec une projection mentale de compétition sportive.

En termes de dossards, je suis plus focalisé désormais vers de grandes aventures, l’Himal Race par exemple (1.000 kilomètres par étape au Népal), ou bien, je regarde aussi vers la Badwater. Je regarde aussi pour faire une aventure de plusieurs centaines de kilomètres tout seul dans un désert…


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