Interview Benoît Laval, ses conseils pour le Raidlight Désert Trophy

Interview Benoît Laval, ses conseils pour le Raidlight Désert Trophy

Benoît Laval, ingénieur textile et passionné de montagne et de course à pied qu’il pratique en compétition depuis l’âge de 10 ans. Il a construit sa vie autour de ses passions en fondant Raidlight en 1999 et en reprenant l’agence de voyage NED - Trail To Be Alive, spécialisée dans les voyages sportifs de trails et randonnées à étapes à l’étranger.

Son palmarès sportif s’est constitué en parallèle de ses activités : 2ème au Grand Raid de la Réunion en 2003, 9ème au Marathon des Sables en 2004, équipe de France de Trail en 2010, Ultra-Trail 400km de Gobi en 2015, Barkley en 2016…

 

SUJET 1 : ENTRAINEMENT

Question 1 : Bonjour Benoît, la course du Raidlight Désert Trophy approche à grands-pas, nous sommes donc ici pour fournir le maximum de conseils aux futurs participants de cet évènement. Tout d’abord, quand préconisez-vous de commencer la préparation spécifique à cette course et quels sont les prérequis à avoir ?

En général ce type de course dans le désert est sur la continuité d’une pratique depuis plusieurs années, et il faut avant tout compter sur ses années d’expérience.

Mais nous organisons aussi cette course pour qu’elle soit accessible avec un parcours pas trop difficile, et en fournissant presque toute la logistique avec les repas, la tente et le matelas. Aussi nous proposons 2 parcours : l’un de 160km en 4 jours pour les coureurs aguerris, et l’autre de 100km en 4 jours plus facile et ouvert aux coureurs et aux marcheurs. D’un point de vue entrainement spécifique, 2 à 3 mois sont une bonne durée de préparation.

 

Question 2 : L’entraînement dépend du niveau du coureur ainsi que de son objectif, mais quel volume d’entraînement (hebdomadaire) conseilleriez-vous à une personne ayant l’objectif de terminer cette course ?

Un des premiers risques, c’est de trop changer ses habitudes, de trop augmenter les volumes, … et de se blesser avant la course. L’autre risque, c’est de trop s’entraîner avec un sac à dos trop lourd, … et de se blesser.

A mon avis, il faut se préparer avec un plan d’entraînement type « marathon ». C’est-à-dire avec de l’endurance, et aussi un travail à différentes allures plus rapides. En général il faut un minimum de 3 séances par semaine.

 

Question 3 : Cette course en Jordanie sera sur différents types de terrains (sables, roches), que vaut-il mieux privilégier à l’entraînement ? (Trail, route, montagne, etc.)

Beaucoup de trailers sont attirés par les courses dans le désert. Après la montagne, c’est comme une suite dans la quête de paysages et de connaissance de soi-même pour un trailer. Cependant, ces courses sont dans la catégorie très roulantes.

Au Raidlight Desert Trophy il y a 500 mètres de dénivelés environ sur les étapes de 30km ou 60km, simplement de longs faux plats et quelques petits canyons à franchir. Il faudra savoir conjuguer le rythme régulier du marathonien et l’expérience tout terrain du Trailer pour savoir varier les allures en fonction du terrain et supporter le sac à dos.

 

Question 4 : Les phases de récupération sont également indispensables, quels sont vos conseils afin de maximiser ce processus ? (Accessoires, rituels etc.)

La récupération fait en effet partie intégrante d’un processus d’entraînement, il faut en général prévoir une semaine de relâchement toutes les 3 ou 4 semaines. Mais aussi écouter son corps pour sauter quelques séances si on est trop fatigué. Ce qui est important, c’est de sentir une progression semaine après semaine, sentir que la condition physique et le rythme augmentent au fil des séances.

 

SUJET 2 : MATERIEL

Question 5 : Dans un second article de blog, nous avons déjà établi une liste du matériel à avoir pour cette course, mais vous avez peut-être des choses à rajouter ?

Un point fondamental, c’est de partir LEGER. Il y a le matériel obligatoire, et ensuite presque rien d’autre. Pour 4 jours dans le désert, il faut faire le choix de prendre le minimum. Un maillot de rechange, une paire de chaussettes de rechange, et un sous-vêtement de rechange, une veste et un pantalon coupe-vent, et une petite polaire et c’est tout.

La légèreté du sac c’est de la performance, mais c’est surtout du confort de course avec moins de poids, et du confort intellectuel avec quelques jours de simplicité extrême.

 

Question 6 : Nous avons présenté dans la liste du matériel les sacs Revolutiv 24-30L, l’Endurance 10-20, et Raid Legend 24L, lequel est votre préféré et pourquoi ?

Avec mon expérience, je prendrais sans hésiter le Revolutiv 24-30, parce que c’est le plus simple et le plus léger. Le Legend 24 propose un peu plus de confort avec un dos et des bretelles avec plus de mousse, ainsi que plus de poche pour ranger tout à sa place, c’est notre best-seller depuis une quinzaine d’année.

L’Endurance 10-20 est un sac à dos hybrideavec un zip qui permet de le convertir de 10 à 20 litres, c’est le plus polyvalent et celui que j’utilise le plus souvent pour m’entraîner en montagne et en voyages de reconnaissance de nouvelles épreuves.

 

Question 7 : Quels sont vos conseils concernant la gestion de la nutrition les jours de courses ? (Contrairement aux autres courses dans le désert, tous les repas et ravitaillements sont fournis par l’organisation).

L’hydratation est le plus important. Selon la température et la morphologie de chacun, boire ½ litre à 1 litre par heure. Et surtout prendre les quelques secondes aux ravitaillements pour boire beaucoup sur place, ce que l’on boit sur place n’est pas à porter ensuite.

Pour les étapes, au Raidlight Desert Trophy il y aura des ravitaillements simples avec oranges, bananes, gâteaux salés secs, raisons secs, coca et eau.

Pour les deux premières étapes qui ne sont pas trop longues, manger est un peu superflu. Pour les deux dernières, bananes, orange et coca seront plus nécessaires.

Si l’on veut être un peu plus prévenant, emmener 5 ou 6 barres ou gels pour ces deux derniers jours pourrait compléter la panoplie en cas de coup de barre. Mais globalement, le fait que les repas ainsi que les ravitaillements basiques soient fournis doit permettre de ne pas trop se soucier de la nutrition pour le Raidlight Desert Trophy.

 

Question 8 : Les ampoules sont souvent le cauchemar des coureurs, d’autant plus quand le terrain contient du sable, avez-vous des astuces pour les éviter ?

Les ampoules dans les courses désert sont causées par l’accumulation de plusieurs facteurs : la chaleur, le sac à dos, le sable.

Pour le sable, l’utilisation de miniguêtres désert (couvrant toute la chaussure) est indispensable, c’est la garantie de ne pas avoir de sable dans la chaussure. Il faut faire coudre le velcro par un cordonnier, cela est bien plus efficace que de le coller et prendre le risque que cela se décolle.

Le sac à dos chargé de 4 à 6 kilos modifie la foulée et les appuis. Il faut s’entraîner avec 1 fois par semaine en condition de course. Et il existe dans le commerce des produits pour se tanner les pieds, cela renforce la peau, et c’est assez efficace, cycle d’environ 1 mois avant la course.

 

Question 9 : Avez-vous rencontré des imprévus lors de vos courses, et que conseilleriez-vous pour les anticiper ?

Heureusement qu’il y a beaucoup d’imprévus sur les courses, sinon ce ne serait pas amusant. Tout n’est pas millimétré comme en marathon. Il faut faire preuve de philosophie, de calme, et d’adaptation.

Dans les points importants pour moi :

  1. toujours savoir à peu près où on va, mémoriser le topo, anticiper l’itinéraire et les dénivelés
  2. toujours avoir un petit kit de réparation (fil, aiguille, lacet, épingles)
  3. toujours avoir un petit kit de réparation mentale avec des bonbons et du saucisson.

 

SUJET ORGANISATION / BIVOUAC

Question 10 : Il est bien précisé que la course est « all inclusive », tous les déplacements, hébergements et repas sont donc compris dans le prix du dossard, pouvez-vous résumer le déroulé de l’évènement en quelques mots ?

Il y a deux jours de tourisme : le 1er jour avec la visite de Pétra, et le dernier avec les pieds en éventail sur la plage à la Mer Rouge. Et au milieu, 4 jours de course avec 4 bivouacs. Nous arriverons au bivouac le soir après Petra, nuit sous les tentes, et le lendemain matin on donne les dossard, les coureurs laissent leurs valises et ne gardent que leur sac à dos.

Ensuite les 4 étapes à courir, avec lunch buffet à l’arrivée, puis diner, puis nuit dans les tentes. Après la 4ème étape, les bus nous attendront, et nous irons à l’hôtel à Aqaba à la Mer Rouge.

 

Question 11 : La vie sur le bivouac s’organise en tentes berbères de plusieurs personnes, quels sont les éléments à savoir et le matériel à ne pas oublier ?

Les bivouacs changeront de place tous les soirs pour voir plus de paysages. Les tentes sont des grandes tentes de bédouins, pour 12 à 15 personnes, ouvertes sur 3 cotés. Nous fournissons des matelas assez confortables de 4-5cm d’épaisseur. Les repas seront pris sous de grandes tentes de l’organisation, repas préparés localement par les bédouins. Il y aura des toilettes, et une citerne d’eau pour se laver sommairement.

Avec ce type de bivouac couleur locale, nous espérons créer une ambiance sympa et typique, que l’on se sente vraiment dans le désert.


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